Alors que le monde cherche à décarboniser son économie et à atteindre des émissions nettes nulles, le défi de la transition écologique concerne aussi les professionnels de la finance. Ils ont en effet un rôle essentiel à jouer pour faciliter la transition vers une économie mondiale plus verte, à la fois en plaçant la durabilité au cœur de la prise de décision et en défendant des pratiques responsables dans l'intérêt public. Mais comment la finance peut-elle servir la transition environnementale exactement ?
LA FINANCE AU SERVICE DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE
Qu’est-ce que la finance durable ?
La finance durable désigne l’ensemble des mécanismes financiers visant à soutenir une croissance économique respectueuse de l’environnement et socialement responsable. Elle repose sur trois grands piliers :
L’investissement socialement responsable (ISR) : il s’agit d’intégrer des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les décisions d’investissement. Autrement dit, les fonds ne se contentent plus d’analyser la rentabilité financière d’un projet, ils évaluent également son impact écologique et social.
La finance verte : elle regroupe tous les instruments financiers spécifiquement dédiés à la transition écologique, comme les obligations vertes ou les fonds verts.
L’inclusion des risques climatiques dans les décisions financières : les acteurs financiers prennent désormais en compte les conséquences du changement climatique (événements climatiques extrêmes, raréfaction des ressources naturelles, etc.) dans l’évaluation des risques financiers des entreprises et des investissements.
L’objectif global est de réorienter les capitaux vers des projets à forte valeur environnementale et de limiter les financements des activités polluantes. Cette dynamique est renforcée par des régulations plus strictes, notamment en Europe avec la taxonomie verte de l’UE, qui impose aux entreprises de justifier l’impact environnemental de leurs activités.
Les outils financiers pour soutenir la transition écologique
Pour accompagner cette transition, de nouveaux outils financiers ont émergé et permettent de structurer le financement de l’économie verte. Parmi eux, on retrouve :
Les obligations vertes (green bonds)
Les green bonds sont des titres de dette émis par des entreprises, des collectivités ou des institutions financières pour financer des projets à impact environnemental positif. Ces obligations permettent de lever des fonds pour la construction d’infrastructures durables, le développement des énergies renouvelables ou encore l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments. Depuis leur lancement en 2007, leur popularité ne cesse de croître.
Les fonds d’investissement ESG
Les investisseurs institutionnels et particuliers se tournent de plus en plus vers des fonds d’investissement intégrant des critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance). Ces fonds permettent de financer des entreprises qui respectent des normes strictes en matière de responsabilité environnementale et sociale. Certaines grandes banques et fonds de pension privilégient désormais ces placements pour répondre aux attentes des investisseurs soucieux d’éthique.
Les crédits et subventions pour la transition énergétique
Les banques et les institutions financières proposent des prêts spécifiques à taux préférentiels pour encourager les entreprises à investir dans des solutions écologiques : bâtiments basse consommation, équipements de production moins énergivores, ou encore projets liés à l’économie circulaire. Les États et l’Union européenne mettent également en place des subventions et incitations fiscales pour faciliter ces investissements.
Les marchés du carbone
Les marchés du carbone sont un autre levier financier important. Ils permettent aux entreprises d’acheter et de vendre des quotas d’émissions de CO₂, incitant ainsi les industries les plus polluantes à réduire leur empreinte carbone. L’Union Européenne dispose d’un système d’échange de quotas d’émission (ETS) qui impose un plafond aux émissions de CO₂ et encourage les entreprises à innover pour limiter leur impact.
INVESTISSEMENT RESPONSABLE : VERS UN CHANGEMENT DE PARADIGME
L’essor du financement vert et son impact sur les entreprises
La transition écologique ne pourra se faire sans un soutien financier massif. C’est pourquoi le financement vert est devenu un levier clé pour les entreprises souhaitant s’adapter aux nouvelles exigences environnementales tout en restant compétitives sur le marché.
D’une part, les investisseurs privilégient de plus en plus les entreprises engagées dans la finance durable. Les fonds d’investissement, banques et institutions publiques orientent leurs capitaux vers des projets intégrant des critères ESG (Environnement, Social et Gouvernance). Une entreprise qui adopte une stratégie RSE forte a donc plus de chances d’attirer des financements et de bénéficier de conditions de prêt avantageuses.
D’autre part, les grandes entreprises et les PME doivent désormais se conformer à des réglementations de plus en plus strictes en matière de transition écologique. Le développement de la taxonomie verte européenne, qui classe les activités économiques selon leur impact environnemental, pousse les entreprises à intégrer des critères écologiques dans leurs investissements sous peine de voir leur attractivité financière chuter.
Cette tendance se traduit par une augmentation rapide des obligations vertes. En 2023, le marché des green bonds a atteint des sommets, permettant aux entreprises et aux collectivités de lever des fonds spécifiquement dédiés à la réduction de leur empreinte carbone. Résultat ? Les entreprises qui anticipent ces changements bénéficient d’un avantage concurrentiel, tandis que celles qui tardent à s’adapter risquent de perdre en crédibilité auprès des investisseurs et des consommateurs.
Le rôle des experts financiers dans l’accompagnement des entreprises
Les experts financiers jouent un rôle clé dans la transition vers une finance durable. Leur mission est d’aider les entreprises à intégrer les exigences environnementales dans leur stratégie et à mobiliser les mécanismes de financement vert disponibles.
Les directeurs financiers et consultants spécialisés aident les entreprises à mesurer leur empreinte carbone, à définir des objectifs de réduction d’émissions et à identifier les investissements nécessaires pour atteindre ces objectifs. Ce travail est essentiel pour accéder aux financements dédiés à la transition écologique et répondre aux attentes des investisseurs.
Qu’il s’agisse d’émettre une obligation verte, de souscrire un prêt à taux réduit pour un projet écologique ou de bénéficier de subventions gouvernementales, les experts financiers sont là pour structurer ces opérations. Leur connaissance des marchés et des réglementations permet aux entreprises de maximiser leurs chances d’obtenir un financement adapté à leurs besoins.
Grâce à ces expertises, les entreprises peuvent non seulement répondre aux attentes des investisseurs et des régulateurs, mais aussi transformer la transition écologique en un véritable levier de croissance et d’innovation.
La finance évolue et les entreprises ont besoin de professionnels capables de relever les défis de demain. Le M.Sc Finance d’Entreprise de l’EDC Paris Business School prépare les futurs experts à comprendre et à piloter des stratégies financières alignées avec les exigences de la transition écologique. Grâce à une approche alliant expertise technique et vision stratégique, ce programme forme des leaders capables d’intégrer les principes de la finance durable et de l’investissement responsable dans leur gestion quotidienne.
LES DÉFIS ET OPPORTUNITÉS DE LA TRANSITION ÉCOLOGIQUE POUR LA FINANCE
Les réglementations et normes à respecter
Les institutions financières doivent aujourd’hui se conformer à un cadre réglementaire de plus en plus strict en matière de finance durable. L’objectif est de garantir que les flux financiers soutiennent réellement la transition écologique et éviter le greenwashing, une pratique qui consiste à embellir artificiellement l’impact environnemental d’un investissement.
Entrée en vigueur en 2020, la taxonomie verte de l’UE définit un référentiel précis des activités économiques considérées comme durables. Elle impose aux entreprises et aux investisseurs d’évaluer l’impact écologique de leurs activités et d’assurer une transparence accrue sur leurs engagements. Ce cadre est devenu une référence mondiale pour structurer le financement vert et éviter les dérives.
Le Pacte Vert pour l’Europe vise la neutralité carbone d’ici 2050 et impose des mesures strictes pour les entreprises et les institutions financières. Parmi elles, la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) renforce les obligations de reporting extra-financier des entreprises. Désormais, les sociétés cotées et de nombreuses PME doivent publier des indicateurs précis sur leur empreinte carbone, leur utilisation des ressources naturelles et leur politique RSE.
Au-delà de l’Europe, des initiatives comme les Principes pour l’Investissement Responsable (PRI) des Nations Unies et la Task Force on Climate-related Financial Disclosures (TCFD) fixent des standards pour inciter les investisseurs à intégrer les risques climatiques dans leurs décisions. Ces cadres permettent aux acteurs financiers de mieux anticiper les impacts du changement climatique sur leurs portefeuilles.
Comment la finance peut accélérer la transition écologique ?
La finance a également un rôle moteur à jouer pour accélérer la transition écologique. Grâce à des mécanismes financiers innovants, les investisseurs et les banques peuvent mobiliser des capitaux massifs pour accompagner la transformation des entreprises et développer des solutions durables.
L’essor des obligations vertes et des fonds d’investissement ESG montre que le marché est prêt à soutenir la transition écologique. Les institutions financières doivent continuer à innover en proposant des produits financiers alignés avec les enjeux environnementaux, comme les prêts verts, les assurances bas carbone et les fonds à impact positif.
De nombreuses startups et PME développent des solutions écologiques innovantes, mais elles peinent parfois à trouver des financements. En mettant en place des mécanismes d’investissement spécifiques, comme des fonds à impact, du capital-risque vert ou des subventions dédiées, les institutions financières peuvent aider ces entreprises à se développer plus rapidement et à généraliser leurs solutions.
L’un des grands défis de la finance durable est d’assurer que les fonds investis servent réellement à la transition écologique. Les banques, les gestionnaires d’actifs et les investisseurs doivent renforcer les mécanismes de contrôle et de reporting, en exigeant des entreprises qu’elles justifient l’utilisation des capitaux levés.
Les métiers de la finance possèdent déjà des connaissances et une expérience pratique suffisantes pour relever les défis du développement durable. Elles doivent cependant continuer à développer leur capacité à répondre aux besoins de la société et à soutenir les changements fondamentaux nécessaires à la transformation des économies nationales et mondiales.